Bonne année au système de santé pour son cap 2022

Bonne année au système de santé pour son cap 2022

Avec un hôpital au bord de l’implosion et des professionnels de santé libéraux totalement submergés par les demandes de soins, l’année 2019 promet d’être agitée sur le terrain de la santé. Le plan « Ma Santé 2022 » saura-t-il répondre aux attentes des acteurs comme des patients ?

« Nous sommes arrivés à un point insupportable, Sophie Crozier, neurologue et membre de la commission médicale d’établissement (CME) centrale des hôpitaux de Paris (1), dans une tribune à Libération, le 18 décembre dernier. Avec des déficits cumulés qui pourraient approcher les 1,3 milliard d’euros et des plans de suppressions de postes qui se multiplient, le monde hospitalier est au bord de l’implosion. Le cri d’alarme lancé il y a tout juste un an par un collectif de mille médecins hospitaliers et cadres de santé n’aura ainsi pas reçu d’écho favorable de la part de la ministre de la Santé. Car le 1,6 milliard d’euros d’économies demandé pour 2018 au monde hospitalier aura entrainé, de l’avis des professionnels hospitaliers, une « dégradation des conditions de travail, provoquant épuisement et démotivation des soignants et en conséquence, une baisse de la qualité des soins".

Alors que le nombre de patients suivis pour cancer a augmenté de 10,6%, le nombre de ceux suivis pour Alzheimer de 9,4% et de ceux hospitalisés de plus de 80 ans de 17,4%, l’hôpital a vu ses effectifs non médicaux (infirmières, aides-soignantes) augmenter à peine de 0,7% entre 2013 et 2017, passant de 765 078 à 770 939 équivalents temps plein. Ceux qui travaillent à l’hôpital vivent de plus en plus des activités à flux tendus et les témoignages sur la dégradation des conditions de travail se multiplient au fil des semaines. Face à une grogne qui perdure et monte en puissance, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, débloquera toutefois en décembre 415 millions d’euros mis en réserve cette année dans le budget de l’Assurance-maladie pour les réallouer aux établissements de santé. Une première réponse pour tenter de calmer la grogne.

Cap sur « Ma Santé 2022 »

L’année 2019 sera aussi celle de la mise en œuvre progressive du plan « Ma Santé 2022 » qui avance 10 mesures phare en vue de la transformation du système de santé (2). Dans le domaine hospitalier, 2019 verra la création de financements au forfait pour la prise en charge à l’hôpital des pathologies chroniques (dont le diabète et l’insuffisance rénale chronique, dans un 1er temps) ou encore une labellisation dès 2020 des premiers « Hôpitaux de proximité », avec un objectif de reconnaissance de 500 à 600 établissements pour des missions dites « de proximité ». Le tout assorti de la création d’un statut unique de praticien hospitalier (PH) et du renforcement de la participation des médecins au pilotage des hôpitaux.

Dans les rangs du secteur ambulatoire et libéral, il s’agira de procéder au déploiement de 1000 Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) en vue de mailler le territoire national à l’horizon 2022. Car les déserts médicaux continuent de s’étendre, à la campagne comme dans certaines villes, et des réponses sont attendues de la part de la population. Pour mettre en place ce déploiement, une négociation conventionnelle va être engagée ce mois de janvier entre l’Assurance-maladie et les syndicats médicaux, afin de « donner un cadre pérenne de financement aux CPTS », mises en orbite en janvier 2016 et dont le nombre est de 200 en 2018. « Les CPTS ont été créées pour transformer les logiques de prise en charge médicale des patients et des populations. Une telle transformation est nécessaire et urgente », explique l’IGAS dans un rapport publié en août 2018 (3).

Lettre de cadrage

Pour accélérer leur création, Agnès Buzyn a fixé la feuille de route pour les futures négociations, dans une lettre de cadrage adressé au patron de la CNAMTS le 20 décembre dernier : Il faudra libérer du temps médical disponible pour améliorer la prise en charge des patients, généraliser l’exercice coordonné des professionnels de santé et assortir ce dernier d’une rémunération spécifique et, enfin, concrétiser l’émergence d’une « responsabilité populationnelle » en vue de « prendre en charge des missions essentielles d’organisation des soins sur des bassins de vie pour répondre aux enjeux d’accès aux soins. »

Le tout devra être doté d’un financement pérenne afin de permettre aux CPTS de « promouvoir la responsabilité collective des professionnels de santé à l’égard de la population d’un territoire ». Objectif assigné à cette nouvelle construction : assurer l'accès à un médecin traitant pour tous les habitants ! A cette commande s’ajoute le fait que les médecins devront également s’accorder sur le profil, les missions et la prise en charge des 4000 postes d'assistants médicaux qui seront à créer d'ici à 2022.

« Ce n'est pas une lettre de cadrage que la ministre de la Santé vient d'envoyer aux partenaires. C'est un carcan », commente le syndicat des généralistes MG France en ce début d’année. « Un carcan certainement plus inspiré par Bercy que soucieux de l’accès aux soins. Faut-il aller négocier quand tout est ficelé d'avance ? », interroge le syndicat présidé par le Dr Jacques Battistoni. A la veille de la rencontre entre l’Assurance-maladie et les représentants de médecins, le ton est donné.

Jean-Jacques Cristofari

(1) Sophie Crozier : « Je ne peux me résigner à voir l’hôpital couler »
(2) cf :https://solidarites-sante.gouv.fr/actualites/actualites-du-ministere/article/ma-sante-2022-les-10-mesures-phare-de-la-strategie-de-transformation-du-systeme
(3) « Déploiement des communautés professionnelles territoriales de santé, Appui à la DGOS » ; Rapport IGAS N°2018, août 2018

Cet article a été publié dans Actualité.