Santé : la baisse de la démographie médicale se poursuit

Santé : la baisse de la démographie médicale se poursuit

Le récent bilan de la démographie des médecins en France, dressé par l’Ordre des Médecins, est sans appel : la France manque de médecins généralistes et l’exercice libéral ne fait plus vraiment recette. Du coup, les délais d’attente des patients s’allongent.

Au 1er janvier 2018, l’Hexagone comptait 296 755 médecins inscrits au tableau de l’Ordre soit 5781 de plus qu’en 2017 et 35 377 de plus qu’en 2010 (+ 11.9%). Mais cette donnée est aussi l’arbre qui cache la forêt. Car le pourcentage des médecins en activité régulière parmi l’ensemble des médecins inscrits au tableau a baissé depuis 2010 de 9 points ; ces derniers sont au nombre de 198 081, soit 66.7% des inscrits au tableau de l’Ordre.

Le bilan annuel dressé par l’Ordre des médecins (1) avance un vieillissement croissant du corps médical, accompagné d’une féminisation tout aussi croissante, et surtout des variations de la démographie médicale selon les départements et les régions. Le Nord, l’Ille de Vilaine, le Bas-Rhin, le Tarn et Garonne voient ainsi les populations générale et médicale augmenter, tandis que la Côte d’Armor, le Jura, la Lozère, le Gers connaissent des mouvements inverses. En Ile de France, Pas de Calais et Côte d’Or, la population générale est en hausse et la médicale à la baisse. La Haute Vienne, les Alpes de Haute Provence, l’Allier, la Haute Saône et les Ardennes vivent le mouvement inverse.

Baisse du nombre de généralistes

Le phénomène le plus notable de ce bilan 2018 de la démographie médicale reste cependant la baisse continue du nombre de médecins généralistes depuis 2010 : à cette date, ils étaient encore au nombre de 94 261 en activité régulière. En 2018, ils ne sont plus que 87 801, soit une chute de 7% sur la décennie, accompagnée d’un vieillissement de plus en plus marqué dans leurs rangs. Leur nombre, souligne l’Ordre, devrait encore baisser d’ici 2025, pour tomber à 81 804.

De leur côté, les médecins des autres spécialités, en activité régulière, voient leurs effectifs passer de 105 764 en 2010 à 110 278 en 2018, soit une hausse de 4% en huit ans.

Si 10 525 médecins sont entrés en activité régulière en 2018, 10 303 sont sortis. L’âge moyen des premiers est de 32 ans (59% de femmes), tandis que celui des sortants est de 66 ans.

L’exercice libéral en net recul

42,6% des médecins actifs réguliers exercent en libéral exclusif. Les effectifs ont baissé de 10,9% depuis 2010. Sur les 8733 médecins nouvellement inscrits à l’Ordre en 2019, seulement 12% ont choisi l’exercice libéral, 23% optant pour une activité de remplaçant et 62% pour un exercice salarié. « L’exercice libéral ne cesse de reculer et près d’un médecin en activité régulière sur deux a désormais un exercice salarié, commente le président de l’Ordre des Médecins, le Dr Patrick Boué, qui note également que les inégalités territoriales se creusent. « Outre le vieillissement de la population médicale et de la population générale, le défi démographique que constitue la baisse du nombre de médecins généralistes, la question centrale de l’accessibilité aux soins de premiers recours est posée à l’heure où le médecin généraliste est dit pivot de notre système de santé », ajoute le président de l’Ordre.

Des délais d’attente très variables

Ce tableau de la démographie médicale est à rapprocher d’un autre bilan, dressé par la Drees, qui a estimé les délais d’attente chez les médecins installés en France. Pour le médecin géné¬raliste, six jours s’écoulent en moyenne entre la prise de contact et le rendez-vous, tous motifs de demande confondus (symptômes, suivi régulier, renouvellement d’une ordonnance…), note son étude. Ce délai s’allonge considérablement dans d’autres spécialités, où il peut se chiffrer en mois d’attente.

Ce sera ainsi 61 jours en der¬matologie et 80 jours en ophtalmologie, ou encore 3 semaines chez le pédiatre et le radiologue, 1 mois chez le chirurgien-dentiste, environ 1 mois et demi chez le gynécologue et le rhumato¬logue et 50 jours chez le cardiologue. Mais ces délais masquent des situations différentes : ainsi, en médecine générale, 49% des prises de contact aboutissent à un ren¬dez-vous le jour même ou le lendemain (un tiers dans la journée), mais un quart se concrétisent plus de 5 jours après. Le délai d’attente dépasse 11 jours dans 10% des cas. Chez l’ophtalmologiste, un quart des demandes de rendez-vous aboutissent dans les 20 jours, mais la moitié se maté¬rialise plus de 50 jours après et un quart plus de 110 jours après. Le délai d’attente dépasse 189 jours dans 10% des cas.

La Drees a également mis en évidence que plus l’accessibilité à un médecin est difficile du fait de la position géographique du patient, plus le délai d’attente peut être long. « Lorsque les demandes de rendez-vous n’ont pas abouti, les Français cherchent en majorité à contacter un autre profes¬sionnel (56% des demandes qui n’ont pas abouti à un rendez-vous), mais ils renoncent également à leur demande assez souvent (32% des demandes qui n’ont pas abouti à un rendez-vous) », conclut la Drees, qui fait tomber un mythe : le report vers les urgences hospitalières concerne seulement 3% des prises de contacts qui n’ont pas abouti.

Jean-Jacques Cristofari

(1) Atlas de la démographie médicale en France, situation au 1er janvier 2018, Ordre National des médecins
(2) « La moitié des rendez-vous sont obtenus en 2 jours chez le généraliste, en 52 jours chez l’ophtalmologiste », Etudes et résultats, N° 1085, Drees, octobre 2018.

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